NICOLAS CLAUSS

CATALOGUE IMAGES NOMADES / CENTRE D'ART CONTEMPORAIN DES PENITENTS NOIRS - 01/02/2026

NICOLAS CLAUSS

Le travail de Nicolas Clauss s’inscrit dans un espace où la vidéo devient à la fois matière perceptive et terrain d’exploration du réel. Dans ses microformats, le cadrage extrêmement serré condense les gestes, les fragments, les vibrations infimes du quotidien. L’image, réduite à quelques centimètres, ouvre paradoxalement un vaste territoire mental où chaque détail semble prendre une ampleur insoupçonnée. En ralentissant le flux, en étirant ou en décomposant le mouvement, l’artiste crée une temporalité autre : un temps suspendu, presque fragile, où les formes hésitent, se répètent, ou s’offrent à la contemplation. Cette modulation du rythme n’est pas qu’un effet formel ; elle révèle le presque invisible, ce qui d’ordinaire nous échappe. Le spectateur est alors invité à déplacer son regard, à devenir attentif à ce qui se joue à la lisière du perceptible. Ces images évoquent autant les chronophotographies de Muybridge que les expérimentations du cinéma primitif, tout en s’en affranchissant par leur dimension intime. Chaque vidéo se compose comme un tableau : superpositions, textures, jeux de plans et de couleurs créent une densité visuelle qui confère à l’image une profondeur quasi tactile. Les surimpressions, les grains veloutés ou sablés transforment la captation en une expérience sensible, où la vidéo n’est pas seulement une surface lumineuse mais une matière à effleurer du regard. Au cœur de cette démarche, la notion de déplacement occupe une place essentielle. L’artiste interroge les mouvements ordinaires — les trajets, les élans, les allers-retours du quotidien — non pour en révéler le spectaculaire, mais la nécessité intime. Ses œuvres explorent ce qui nous met en mouvement, ce qui structure nos rythmes, ce qui nous relie au monde. Le dispositif même de ses vidéos — petits formats, espace réduit, lumière contenue — crée un rapport de proximité. Le spectateur doit s’approcher, presque se pencher, pour entrer dans l’image. Ce geste d’attention devient alors partie intégrante de l’œuvre. Dans ce face-à-face silencieux, la vidéo ouvre un espace d’intimité où le regard ne se contente plus d’observer : il écoute, il décèle, il habite l’image. Ainsi, le travail de Nicolas Clauss se situe à la croisée de la recherche formelle et de l’expérience sensible. Il propose une exploration du mouvement et du temps qui, tout en conservant une rigueur conceptuelle, invite à une relation douce, presque méditative, au monde filmé. Une œuvre où critique et poésie se rejoignent dans la même respiration.

Coralie DUPONCHEL