NICOLAS CLAUSS

Endless Landscapes
Endless Landscapes – (Im)mobile
Endless Landscapes
Endless Landscapes
Endless Landscapes
Endless Landscapes – Suspensions
Endless Landscapes
Endless Landscapes – Révolutions
Endless Landscapes
Endless Landscapes – Pas-de-deux
Endless Landscapes
Endless Landscapes – F(r)ictions
Endless Landscapes
Endless Landscapes – Volutes
Endless Landscapes
Endless Landscapes
Endless Landscapes
Endless Landscapes

ENDLESS LANDSCAPES (depuis 2020)

série de tableaux vidéo miniature
(cadre + moniteur + lecteur vidéo ou ordinateur)

Le travail de Nicolas Clauss s’inscrit dans un espace où la vidéo devient à la fois matière perceptive et terrain d’exploration du réel. Dans ses microformats, le cadrage extrêmement serré condense les gestes, les fragments, les vibrations infimes du quotidien. L’image, réduite à quelques centimètres, ouvre paradoxalement un vaste territoire mental où chaque détail semble prendre une ampleur insoupçonnée. En ralentissant le flux, en étirant ou en décomposant le mouvement, l’artiste crée une temporalité autre : un temps suspendu, presque fragile, où les formes hésitent, se répètent, ou s’offrent à la contemplation. Cette modulation du rythme n’est pas qu’un effet formel ; elle révèle le presque invisible, ce qui d’ordinaire nous échappe. Le spectateur est alors invité à déplacer son regard, à devenir attentif à ce qui se joue à la lisière du perceptible. Ces images évoquent autant les chronophotographies de Muybridge que les expérimentations du cinéma primitif, tout en s’en affranchissant par leur dimension intime. Chaque vidéo se compose comme un tableau : superpositions, textures, jeux de plans et de couleurs créent une densité visuelle qui confère à l’image une profondeur quasi tactile. Les surimpressions, les grains veloutés ou sablés transforment la captation en une expérience sensible, où la vidéo n’est pas seulement une surface lumineuse mais une matière à effleurer du regard. Au cœur de cette démarche, la notion de déplacement occupe une place essentielle. L’artiste interroge les mouvements ordinaires — les trajets, les élans, les allers-retours du quotidien — non pour en révéler le spectaculaire, mais la nécessité intime. Ses œuvres explorent ce qui nous met en mouvement, ce qui structure nos rythmes, ce qui nous relie au monde. Le dispositif même de ses vidéos — petits formats, espace réduit, lumière contenue — crée un rapport de proximité. Le spectateur doit s’approcher, presque se pencher, pour entrer dans l’image. Ce geste d’attention devient alors partie intégrante de l’œuvre. Dans ce face-à-face silencieux, la vidéo ouvre un espace d’intimité où le regard ne se contente plus d’observer : il écoute, il décèle, il habite l’image. Ainsi, le travail de Nicolas Clauss se situe à la croisée de la recherche formelle et de l’expérience sensible. Il propose une exploration du mouvement et du temps qui, tout en conservant une rigueur conceptuelle, invite à une relation douce, presque méditative, au monde filmé. Une œuvre où critique et poésie se rejoignent dans la même respiration.

Coralie DUPONCHEL directrice des Pénitents Noirs (Centre d'art contemporain d'Aubagne)

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Endless Landscapes, Paysages sans fin. Que sont ces paysages ? Principalement des visages, des silhouettes, des formes de l’humain, rarement personnalisés, ici, mais saisis dans des ensembles, dans des multiplicités. Et c’est déjà plus que l’amorce d’un travail : peut-être esquissent-ils une histoire, des histoires, la leur, en solo, à deux, à trois. Ce n’est pas important en soi, ça ne l’est que parce que ça nous permet de leur en inventer une, soit banale, soit raisonnable, soit merveilleuse, et c’est bien là notre travail de spectateurs en réponse à l’œuvre. Ce qui paraît plus important, c’est l’effet de tremblement perpétuel que Nicolas Clauss parvient à imprimer à chacun d’eux, et à tous. Pas un tremblement de peur, mais une vibration interne qui s’extériorise pour dire un quelque chose qui lui appartient en propre, et que c’est à chaque fois à nous de formuler. Vibration qui interroge donc : d’emblée la personne figurée dans son pas de va-et-vient semble hésiter en essayant de réfléchir à ce qu’elle est censée faire, puis revient sur ses pas pour marquer cette réflexion ; ou peut-être encore, comme si, de ce présent immédiat, elle voulait constituer non pas un souvenir, mais une mémoire, la mémoire anthropologique de ce que l’on fait sans y penser, constituer en quelque sorte un catalogue qu’elle compulserait à un autre moment, un moment incertain de soi, indéfini, rêve ou cauchemar. Chaque regard est inlassablement repris dans une double fonction de sujet-objet, comme si la première saisie du mouvement donnait corps au réel et que la deuxième appelait une concentration de la mémoire pour formaliser ce réel immédiat sous une forme tant soit peu définitive. Du coup, c’est comme se dévoiler à soi-même : gens qui traversent ou titubent à un carrefour, et les pieds hésitent plus encore que l’expression des visages ; ou ces enfants agglutinés en une masse parfumée de sourires plus indéfinis que celui de la Joconde, d’yeux innocents qui interrogent sans en avoir l’air, en attente de découvrir ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Ailleurs, jeux entre pères et fils, jeux sur une plage, d’autres démarches évoquant un tango borgésien : corps et pensées se rejoignent dans la danse, dans un va-et-vient qui trame la musique silencieuse et secrète de chacun de nos gestes, de nos mouvements. Dans cette vibration hautement poétique Nicolas Clauss, en l’énonçant, ne cesse d’interroger le doute, ainsi que son passage infiniment répété de l’esprit vers le corps ou du corps vers l’esprit.

Jean-Paul Manganaro

VOIR EXTRAITS VIDEO :
https://vimeo.com/showcase/5558578

Expositions :
- Le Lieu Unique, Nantes, 2026
- Invisible Galerie, Marseille, 2026
- Images Nomades, Les Pénitents Noirs Centre d'art contemporain, Aubagne, 2026
- La cabine de l'ar(t)mateur, Marseille, 2025
- Maisons Folles, Ronchin (Lille), 2024
- Hors Pistes, Centre Pompidou, 2024
- FESTIVAL ARTIFICE #06, Le Hublot, Nice, 2023
- INSTANTS VIDEO, Friche la belle de mai, Marseille, 2023
- Montevideo, Marseille, 2021
- INSTANTS VIDEO, Friche la belle de mai, Marseille, 2021
- Vidéoformes, Clermont-Ferrand, 2020